Rejoindre une chorale à l’étranger – plus que de la musique
- Cara Ewing-Mackie

- 4 mai 2025
- 4 min de lecture
Cara, étudiante à l'Université de Glasgow, a passé cette année scolaire en France, travaillant en tant que prof assistante dans les Hauts-de-France. Amante de musique avec le mal du pays, elle s'est tournée vers le chant pour se changer d'idées lors des mois froids d'hiver dans le nord de la France.

C’est une journée froid mais il reste quelques rappels de l’été passée ; un peu de soleil qui se batte contre les nuages lourds du Nord et les feuilles qui serrent fort les arbres contre le vent coupant. Comme toujours, je marche au travail. Il fait quelques semaines depuis le début de mon stage comme assistante de langue et je commence à sentir plus à l’aise.
Cependant, il reste le mal du pays qui m’a suivi depuis j’ai quitté l’avion à l’aéroport Charles Du Gaulle. C’est vrai que je suis plus à l’aise au travail mais je manque d’une communauté ici comme celle que j’ai en Écosse. Donc, alors que je marche au collège, le vent menace de me couper en deux, je fais une décision. Je vais trouver une chorale.
Ce n’est pas par hasard que j’aimerais trouver une chorale. Je chante dans les chorales depuis l’âge de huit ans et il reste toujours une passion. Le problème ? Comment trouver une chorale dans une ville oú j’habite seulement pendant quatre semaines ? Pour surmonter cet obstacle, je fais tout ce à quoi je peux penser. Je demande aux collègues au travail. Je ne trouve rien. Je demande aux autres assistants. Je ne trouve rien. Je recherche en ligne. C’est inutile.
Finalement, je passe une semaine en regardant dans les fenêtres de magasins et de boulangeries pour toute type de publicité d’une chorale dans la ville. Ce serait beaucoup plus facile si j’habitais à Lille, la grande ville la plus près de chez moi, mais malheureusement c’est trop loin pour considération.
À la fin, c’était par hasard que je passais devant l’office du tourisme que j’ai trouvé une chorale. L’office m’a donné trois numéros de téléphone. Deux ne m’ont répondu pas. Mais finalement j’ai reçu une réponse. C’est les vacances maintenant mais bien sûr vous pouvez nous joindre pendant la prochaine répétition. Succès !
Pendant la première répétition, j’avais vraiment la boule au ventre. C’est toujours difficile mais dans une autre langue c’est beaucoup pire. Cependant, j’ai rencontré la présidente de la chorale qui était vraiment gentille et en plus elle m’a présenté au chef de la chorale. Après tous ces raffinements, c’était au travail.
La chorale travail sur Misa de Buenos Aires ou MisaTango de Martín Palmeri. Si vous avez une heure supplémentaire un jour, je recommande vivement de l’écouter. C’est simplement superbe. Il s’agit d’une messe mais fortement inspirée par la musique traditionnelle de l’Argentine, et Palmeri mélange parfaitement des éléments de musique classique et traditionnelle.
Bien que j’aime tout simplement la messe, j’ai continué à y aller à cause des autres choristes. Toutes les semaines, je m’asseyais à côté de Denise, une soprano d’environ quatre-vingts ans. Toutes les semaines elle me racontait des histoires différentes de sa vie ou même des histoires de la ville.
Les conversations avec elle étaient fascinantes même si nous n’aurions pas dû parler pendant la répétition. En particulier, elle m’a raconté une histoire qui avait lieu pendant la deuxième guerre mondiale. J’habite dans une région de la France qui faisait partie de la zone occupée par les Nazis pendant la guerre. Toute la ville était détruite pendant la guerre (sauf l’hôtel de ville magnifique).
Denise m’a dit que les Nazis avaient ordonné que tous les gens de la ville devaient leur donnaient les vélos. À cause de ce commandement, son père avait enterré les vélos dans le jardin. Quand les soldats étaient arrivés pour récupérer les vélos, ils avaient trouvé rien. Selon Denise, son père avait été conduit dans le jardin sous menace d’une arme pour récupérer les vélos. Mais bien sûr, mon père était trop intelligent pour les soldats. Ils ne les ont jamais trouvés. Elle m’a dit avec un air effronté sur son visage.

La chose la plus intéressante pendant les répétitions était les différences entre l‘enseignement de la technique vocale. Comme tous les instruments, les chanteurs utilisent les images différentes pour améliorer le son et c’est particulièrement important quand on chante ensemble.
Par exemple, pendant les premières répétitions, le chef nous a dit que on doit être “comme une maman pélican” en chantant. C’est-à-dire qu’on doit soulever la voile du palais alors qu’on n'écrase pas le son. Une image très drôle mais vraiment utile. Dans les chorales anglophones, c’est plus souvent l’image d’un bâillement.
C’était pendant le réchauffement oú j’ai trouvé les différences fascinantes. Les chanteurs utilisent les voyelles pour entrainer la résonance et produire un son plus expressif. Ma langue maternelle étant l’anglais, j’utilise les voyelles A (comme « ah ») et O (comme « ooh » ou « aw ») parce que ce sont les voyelles les plus faciles pour les anglophones. Pour moi, elles ouvrent la voix et suppriment la tension.
Cependant, la voyelle que les chanteurs français adorent c’est « eu » (pense à l’allemand « Ü »). À mon avis, c’est fascinant parce que la voyelle « eu » est toujours la voyelle que les chanteurs anglais ont beaucoup du mal à trouver. Et quand on pense de l’anglais c’est un son qui n’existe pas vraiment, mais c’est vraiment grande chose en français.
Comme toujours, mon temps en tant que membre de la chorale m’enseigne qu’une chorale est bien plus de la musique. C’était une expérience qui m’a donné l’opportunité de découvrir plus de la ville et des gens pendant mon séjour, et de considérer la musique et la technique à travers le prisme d’une autre langue. Et sans aucun doute, cette expérience constitue quelque chose que je n’oublierai jamais.


Merci tellement de nous avoir raconter cette belle histoire de comment la musique peut réunir du monde, peu importe leur nationalité, leur âge, quoi que ça soit !